Marcel Lefebvre » Projets de livres

Qu’est-ce que je raconte?

Quand je regarde à rebours ma démarche, une ligne d’inspiration principale apparaît: celle de la rébellion des gens de la Nouvelle-France et de leurs descendants contre l’empire britannique venu leur voler leur monde. Des rebelles, chez nous, il y en a depuis le premier jour de ce qu’on a nommé la Conquête, en 1759. Ce fut en fait une escarmouche dans les champs d’Abraham Martin et la vérité c’est que nous avons été cédé par la France à l’Angleterre en 1763. Nombreux parmi nous, se sont levés, malgré les efforts concertés de l’Église et des seigneurs pour garder nos gens asservis. Ceux-là ont cherché à chasser les Britanniques par tous les moyens et en profitant de chaque occasion. C’est l’histoire de ces rebelles, extrêmement courageux dans les circonstances, que je raconte dans mes romans. Il y a là une épopée révolutionnaire méconnue et digne d’un roman-fleuve. Elle est devenue ma source d’inspiration principale et le fil de mes oeuvres d’écrivain.
J’ai abordé le récit de cette grande épopée avec Les Amants de 1837, moment-clé de cette rébellion et sans doute le plus connu. J’y ai découvert une société divisée qui ressemblait fort à celle d’aujourd’hui. La richesse de ma quête m’est alors apparue pour comprendre la division contemporaine de la population du Québec dans les années 1980 et 1995. Cette déchirure de notre société était présente dès les lendemains de la Conquête.
J’ai donc décidé de remonter jusque là pour suivre le fil de cette grande épopée révolutionnaire avec la saga de la Rebelle et le Yankee. La belle Hélène Clermont, fille d’un médecin de Neuville, va vivre à treize ans ce moment désastreux de l’échec de 1759. Elle perdra son père dans la bataille de Sainte-Foy en 1760. Elle en sera révoltée et décidera de se battre jusqu’à ce que parte le dernier Britannique. Elle vivra ensuite avec les rebelles américains leur tentative d’affranchir l’Amérique de la présence de Londres.
Le troisième tome de la Rebelle et le Yankee se déroulera dans le contexte de la seconde tentative des Américains pour prendre Montréal et Québec en 1812. La belle Hélène transmettra sa passion nationaliste à son fils Marc-Antoine. Voilà pour le tome trois de cette saga que vous pourrez lire très bientôt.
Je rêve déjà, depuis quelque temps, d’un possible tome quatre qui ferait revivre à mes lecteurs la période de 1838, peu connue elle-aussi, celle de la rébellion des Frères chasseurs. Ils tentèrent à nouveau après les échecs de Saint-Denis et Saint-Eustache, de se rebeller et de reprendre leur monde perdu dans la bataille d’Odelltown. Le rêve de faire vivre aussi à ceux qui me lisent, la suite de ce combat qui conduira à l’incendie du Parlement de Montréal en 1849 et au coup fatal porté par ce qu’on a appelé la Confédération de 1867.
Le récit de la grande épopée de rébellion des gens de la Nouvelle-France pourrait se poursuivre dans d’autres romans encore qui mettraient l’accent, au delà de la longue hibernation et de la survivance, sur la période de la révolution tranquille conduisant à Octobre 1970, ainsi qu’aux deux référendums de 1980 et 1995. Dans le coeur de plusieurs, le vieux désir inassouvi de rébellion brûle encore aujourd’hui et pourrait attiser la flamme de l’inspiration pour longtemps encore. Voilà. Ce beau sujet, cette grande histoire sombre et magnifique, a inspiré ma démarche jusqu’ici et je la crois inépuisable, comme la vie.


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